La Langue de Bois -- Le Maillon Faible

Publié le par Invisible

13. Le Maillon Faible (une resucée d’un jeu télévisé)
 
Ce mardi soir du 17 octobre de l’an 2006 a eu lieu un remake d’une émission de jeu télé où les joueurs, candidats socialistes à la future Présidentielle, tentent de dégommer les meilleurs afin de faire gagner les tartes de cette société. Ce qui confirme bien l’état de déliquescence ambiant qui règne dans ce pays dont les incivilités servent de ridules à la délinquance. A force de renier les meilleurs, on en arrive à laisser la gouvernance à l’incompréhension et à l’incompétence. Pourquoi pas, les ex-pays de l’Est gardaient cette exclusivité en réserves, sachons en profiter. C’est la démocratie du plancher des vaches. 
 
Debout pendant deux heures et demi pour savamment édulcorer des projets qui, pour l’une, n’étaient que des ersatz issus d’expériences régionales, pour un autre, que des essais apparentés à la douce social-démocratie, pour un autre encore, que les espoirs démagogiques d’une radicalisation à l’emporte pièce, relents des élections de mai 2005. Bref, un pur échange d’amabilités, dopé en amont par des recommandations feutrées, chacun reprenant les arguties de l’autre, pour amadouer l’ego furibond de ceux dont les sondages égratignent la peau allergène et susceptible. Déjà et ce n’est pas tout, le match étant pipé à l’avance puisque l’on savait qu’il allait finir en trois rounds !
 
L’un s’acharnait à faire comprendre aux affidés de son parti qu’il ne voulait plus être un ministre de quoi que ce soit, ce rôle, il l’avait connu au temps de la déconfiture de son ex-gouvernement. Il n’aspirait qu’être le Président d’une société qui court tête baissée contre un mur. Sur ce chapitre, il avait raison, pour avoir contribué en son temps, à la fourguer, à coups de subventions amicales, aux associations qui l’ont élevé à ce rang. Alors, il se devait de promettre un pactole complémentaire au Smic pour alléger les souffrances des démunis. Générosité oblige !
 
Tandis qu’un autre prétendait que la seule issue pour remettre en marche cette machine infernale de la déconfiture (une autre ou la même), il fallait donner la chance à la social-démocratie baptisée sur les fonds baptismaux de la réal démocratie. Un centrisme, rosacé de bonnes intentions de gauche et qui resterait dans la mémoire des fans du parti, comme une bâtardise de plus dans l’escarcelle des projets dits innovants.  Certes, la grandeur de cette société restait pour lui un acte de rédemption, qu’il avait omis, à l’époque où il était ministre de l’économie, de mettre à profit les principes fondamentaux de son programme. L’Absolution en moins.
 
Et pour finir, la seule, qui sache qu’être différente, c’est aussi de s’adresser à d’autres que ceux de sa paroisse politicienne. Les effluves charentaises font figures de novices tant les projets qu’elle affiche en parchemins pastels, ressemblent aux séries télévisées à l’américaine. Sauf que ses historiettes redondantes en économie ont été soudoyées en exemples dans les lointaines contrées des gens du nord, au-delà du 55ème parallèle. Elle avança les expériences réussies dans ses pâturages frelatés. Sur l’élevage des grenouilles du marais poitevin de la Venise verte, allongeant l’autoroute d’une trentaine de kilomètres pour éviter celle-ci, tout en sachant que le principe d’une autoroute est de raccourcir un trajet pour la sécurité ! Sur l’affinage des fromages de chèvre, portant noms de Bougon, Melle ou Soignon, en partant des plaines du Saintonge, du Poitou et de l’Aunis. En somme, les propos étaient adroits pour les vaccinés de ses promesses délirantes, et broussailleux pour les sceptiques des concours électoraux.
 
Mais, arriva le débat des experts de l’écriture, une demie douzaine d’éditorialistes des hebdomadaires en vue de la presse écrite. Ceux qui ont l’habitude de fustiger les politiques en montrant du doigt leurs dérives. Ce sont les gourous de la vindicte attisant et manipulant les soubresauts de quelques attardés peu soucieux de la compréhension, virevoltant dans les vitrines des rues comme à la mi-carême. Eux qui, déjà régents dans l’âme, avaient pris fait et cause pour l’un, plutôt pour l’une, des candidats en lice, se prenaient par la main pour arrondir savamment la critique sur les deux autres. En arrivant à cette table de débat, leurs éditoriaux étaient déjà sur les rouleaux des rotatives. La messe est dite, l’Extrême-onction en préambule. Chacun allant de ses petits post-scriptum, abondant et meublant l’émission de sa partialité enfantine. Parcours d’évangélistes, ceux que la parole aux africains colonisés du 19ème siècle terrorisa les plus humbles.
 
Pendant ce temps, de l’autre côté du mont, ceux de droite sirotaient dans des auberges garnies, tandis que d’autres, affables et présomptueux, circoncisaient en diatribes graveleuses les sujets adverses, oubliant par delà même que leurs idéologies mises en application n’étaient, de loin, que des lueurs de désespoir.
 
Leur demander pourquoi les seniors n’ont vu leur retraite augmentée que de 1,38 % en trois ans ? Que les gens honnêtes qui ont trouvé un travail pour ne pas être pendu à l’assistanat de la société, se voient pénalisés et imposés au plus fort, alors qu’ils ne gagnent à peine que quelques kopecks au-dessus du Smic ? Qu’est-elle, cette société qui ne fait qu’enrichir les riches et qu’enfoncer les plus démunis et les plus humbles ? Que fait-elle, cette société, arrogante et démesurément injuste envers ses enfants et encore plus injuste envers ceux qui ont donné leurs vies parce qu’ils ont été harkis maghrébins, africains ou supplétifs indochinois ? Quelle sorte de société veulent-ils donner à ces jeunes qui niquent les repères sans espoir, devant des parents sans autorité, parce que sans travail, parce que sans mainmise, parce que sans dignité ?
 
L’un des trois candidats suggérait aussi, la morale en pédale écrasée, que cette société passât au stade de la réflexion. Idée géniale ! Il y a des gens qui crèvent de faim et n’ont pas le temps de réfléchir sinon essayer – par Restos du cœur, Soupe populaire, Frères des pauvres, Secours catholique et autres - de quémander quelques brins de survie à colorer l’assiette. Quel métabolisme ! Les cols blancs et les ronds-de-cuir sont à même de plancher à leur place. Merci messieurs …. Quelle est belle la politique tout de même !
 

Quoi qu’ils fassent – tous - le pardon semble être une idée saugrenue.

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